Par la verbe et par l'image

Les derniers prompts de Coblowrimo étaient "Recommandation de livre", "vocabulaire" et entre les deux "vêtements faits pour d'autres". 

J'ai décidé il y a déjà longtemps de ne plus montrer les costumes histos que j'avais fait pour mes cousines (moins de 8 ans à l'époque) parce que l'activité étrange sur les pages qui leurs étaient consacrées m'a rendue parano. Mes cousines sont noires, et comme cette activité est arrivée à un moment où des trolls venaient m'insulter gratis sur mon blog, j'ai craint qu'on ne se serve des photos de mes deux choupis à des fins de blagues et de memes racistes. Donc non.

Du coup, ça nous laisse Recommendation de livre et vocabulaire. 

Puisque je viens de découvrir enfin une bonne source pour consulter La Mode Illustrée dans sa quasi intégralité en ligne, j'ai décidé d'élargir la notion de "livre". Comme j'ai fait aujourd'hui une page pour mes recherches de sources de magazines anciens numérisés et mis en ligne (encore wip), je vais encore faire ma flemasse (j'ai assez bossé sur la page elle-même cet après-midi, et puis de toute façon, j'ai dit que je faisais le Coblowrimo en touriste) et je vous fais un vulgaire copier-coller. C'est sur le site des Art Déco :

Chaque numéros est disponible séparément. Quelques uns manquent, mais dans l'ensemble, c'est plutôt très très complet. Sur la page du numéro que l'on veut, il faut aller tout en bas. Là vous trouverez soit les images en format zoomable (utiliser Dezoomify pour les télécharger (NB : explication sur la page linkée au-dessus) soit des pdf du fascicule complet. La présence du pdf est aléatoire, pour une raison qui m'échappe, même s'il est plus souvent présent que pas.

Du coup, grâce -- ou à cause -- de cette découverte, j'ai décidé que je me devais de faire de la crinoline cette année parce que ÇA :


 Deux pièces de de janvier et mars 1864.

Et comme j'ai aussi été happée par un autre magazine en ligne tchèque découvert récemment, j'ai aussi envie de ÇA :


Pluuuuuuumes ! Plumes brodées !
Bazar 1896


Amours amours amours !


Je profite de ce qu'on parle magazine de mode pour rappeler un truc de base. Les magazines modernes aussi bien que les anciens n'ont que deux buts. Inspirer et faire vendre. Depuis le XVIIe siècle, hein, pas juste depuis l'invention de Vogue. 

Au XVIIIe, on trouve déjà de la pub dans les description des gravures couleurs des magazine ("modèle imaginé par M. X, cis Rue de la Bidule, qui plaira à nos lecteurs et lectrices adorés"). Certains vêtements que l'on voit dans les magazines n'ont existé que dans l'imagination enfiévrée d'un tailleur ou d'une couturière et n'ont pas "pris". Parfois, seulement un élément de la robe aura marché et plu. Sa couleur, son col, etc.

Parfois, ces magazines font de la publicité pour des vêtements qui n'auront touché qu'une part minuscule de la population et laisseront de côté ce qui est porté par le commun des mortels. Parfois un vêtement aura l'air répandu, alors qu'aucun exemplaire n'en a été conservé dans les musées. Parfois, les journaux de mode ignoreront une mode très passagère (j'aime beaucoup le terme anglais pour ça : "a fad), alors qu'elle a laissé des traces nombreuses dans les musées (les robes à la piémontaise. Un seule gravure de mode existe avec ce nom, et ça ne ressemble absolument pas à une piémontaise.)

Je suis donc particulièrement tatillonne sur l'usage qu'on fait des magazines de mode : s'il n'existe pas d'élément conservé pour appuyer l'existence d'une image vues dans un magazine de mode (même si ça vous semble une mode récurrente), c'est une mode théorique. Ou Schrödinger, comme j'aime l'appeler. Une mode qui peut et en même temps ne peut pas avoir existé. Rien ne vous empêche de la reproduire : ça peut être très joli, ça peut-être une expérience de couture ou d'histoire super intéressante. Mais ça reste purement théorique. Ne clamez pas avoir découvert la lune. Surtout quand on en a déjà une dans le ciel qui se débrouille très bien sans une petite sœur.

NB : l'usage des tableaux et autres œuvres pictorales pour déduire un vêtement est un sujet complètement différent, même si on ne doit pas non plus les prendre complètement au pied de la lettre. N'oubliez jamais que les objectifs d'un tableaux, d'un livre d'heure et d'un magazine de mode sont très très différents.

Quant aux textes des magazines de mode, c'est encore un autre sujet. Cette fois, il ne s'agit plus de vendre ou d'inspirer, mais souvent de codifier les mœurs. Un exemple parfait : les textes de La Mode Illustrée.

Emmeline Raymond, qui écrit une grand majorité d'entre eux pendant les 30 premières années du magazine, est une grenouille de bénitier conservatrice avec un balais planté dans le cul. Il faut le savoir avant de la lire. Entre le "c'était mieux avant", le "mort aux Communards", et les critiques sur "la Parisienne" frivole qui ne doit pas inspirer la Française de province, c'est presque un manuel de sociologie sur les habitus, les pressions, et les objectifs de la bourgeoisie française du XIXe siècle.

Quand elle vous dit qu'un vêtement est à bannir de son vestiaire, c'est non seulement parce qu'il existe déjà, mais aussi parce qu'il a déjà suffisamment de succès pour avoir atteint "les confins" (je viens d'un bled du fin fond de la Loire : croyez-moi, je connais les "confins" de la Province). Et si elle veut le bannir, c'est parce qu'elle se veut gardienne d'une morale bourgeoise idéalisée.

Méfiez-vous de la pente glissante qui consiste à prendre les idéalisations et les préjugés de l'époque pour la réalité de la mode au quotidien. Ils se rencontrent souvent, mais marchent tout aussi souvent en parallèles qui ne se croisent jamais.


***

Pour le vocabulaire, je vais vous épargner ma marotte sur l'usage correcte de l'expression "plis Watteau".

Je vais plutôt vous renvoyer à une page trouvée par hasard aujourd'hui sur la nomenclature officielle qui doit (devrait ?) être utilisée par les musées qui possèdent des vêtements anciens. C'est en anglais, en allemand et en français. C'est l'historienne en moi qui trippe sur les nomenclatures et les listes. Alleeeeezzz, trippez avec moi !

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