Cette année (c'est à dire l'année prochaine, en vrai français, puis la date limite est le 5 février 2018), le thème de la compétition de Your Wardrobe Unlock'd, c'est les insectes

*baaaaaaave* 

LE meilleur thème au monde. Il n'y a pas plus vaste, fertile et généreux comme terrain de jeu que l'inspiration insectes. Il ne me fallait pas plus pour me convaincre de participer. 

*inseeeeeeeeectes*

Moi, dès qu'on me parle insectes, ma première réaction c'est le cri de la libellule au fond des bois. Donc forcément... Ma robe sera une variation sur... la libellule. Je sais, vous vous sentez terrassés par tant d'originalité.

Par ailleurs, j'ai été très inspirée par l'exposition sur les kimonos du Musée Guimet -- une TRÈS BONNE exposition de costumes (à l'exception de la salle Haute-couture) -- et en particulier l'usage de la broderie parcimonieuse, en fil doré ou en soie de couleurs qui viennent littéralement illuminer tout le vêtement.

(Toutes les photos qui suivent sont de moi. Elles sont souvent un peu floues, parce que l'objectif photo utilisé fonctionne mieux sur trépied. Mais on voit quand même très bien.)

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Entre inspirations libellule et kimono, forcément, mon chemin était tracé presque tout tracé pour une robe 1900 inspiration japonisme et Belle Époque.

Pour le moment, j'en suis à la partie "je gribouille", mais je compte chroniquer autant que possible ce projet sur ce blog, parce que j'ai l'intention de partir dans un truc énorme, plein de broderie, de perles et de tissus de soie. Parce que faire un un dress-diary fait aussi un peu partie de projet lui-même.


Premières idées jetées sur le papier. Ouais, je dessine comme une quiche.





Ce message qui tenait guise d'intro s'autodétruira dans... à merde, où est mon retardateur?...
Comme promis, le retour de Jeudi Inspi. Enjoy !


Couple Canadien (c. 1750-1780). Ville de Montréal : Gestion de documents et archives. Fonds BM7. Via ce blog

De l'indienne ! Pour le justaucorps et la veste de l'homme ! Militons pour le retour de l'indienne (correcte) parmi les reconstituteurs masculins. Oui, je dis correcte, parce que souvent, le choix des hommes pour leurs costumes, c'est souvent le pire du rayon ameublement. Vous avez droit aux fleurs et aux motifs, messieurs, mais ils faut qu'ils soient parfaits.

En parlant d'indienne, ma dernière découverte en fouillant les inventaires après décès du XVIIIe siècle :

"une robe d'indienne pour demi-deuil", inventaire relativement aisé d'une vieille fille, 1787, archives nationales, ET-XVIII-865

Je n'y aurais jamais cru si je l'avais lu dans un livre, mais oui, on faisait aussi de l'indienne pour le demi-deuil. Sachant que le violet pour le demi-deuil n'apparaît qu'au XIXe siècle (auparavant, le violet, foncé, est souvent réservé au clergé parce que cher à produire comme teinture), on a ici une indienne dans les tons de noir, gris et blanc. Loin de l'image très colorée que l'on se fait des indiennes !


 
Photographe Matthew Brady, USA. Archives Nationales des USA.

Dans cette très jolie collection de photos de femmes entre 1860 et 1875 (les photos sont toutes datées 1850-65, mais certaines sont clairement du début des années 1870), j'ai choisi Mousseline et Hérissée ^^.


Portrait of Lady, Frederick Randolph Spencer, USA, 1835. LACMA

"Comment ça, j'ai ma couturière personnelle ? Vous voulez dire que ça se voit ? Où ça ? Dans les plis, les festons, où ça ?"

Et aussi, un très bel usage d'une miniature.




Ça commence à se voir (aussi) que j'ai très très envie de faire du 1830 en ce moment, non ? 
Ce n'est pas précisé, mais à priori, la robe en mousseline et la sous robe rose sont faites séparément pour être changées selon l'humeur. Cette sous-robe-là est sans doute une reconstitution du musée. Malheureusement, les sous-robes ont souvent été perdues (réutilisées pour faire d'autres vêtements, jetées parce qu'elle s'abîmaient plus vite parce qu'en contact direct avec la sueur, ou simplement, méprisée par les collectionneurs parce qu'elles étaient "sans intérêt". Aujourd'hui, on les recherche plus.)


v. 1858. Met Museum

Est-ce qu'elle n'est pas toute mimi, cette petite cage ? Le musée ne précise pas s'il s'agit d'une cage d'enfant, ceci dit la ceinture porte l'inscription "J.W. Bradley's, Misses Woven Skirt, Pat. Nov. 2, 1858". Généralement, misses, dans les magazines de mode, renvoie aux ados et pré-ados.


 Chaussette, Égypte, VIe-VIIIe siècle. Musée des Tissus de Lyon. Via



v. 1890. Via Pinterest. A l'origine posté sur My Vintage Vogue, mais je ne la retrouve pas sur le site.

Nous somme des sœurs jumelles, nées sous le signe des Gémeaux...



1784-87. Museu del Disseny, Barcelone.

Pour le musée, il s'agit d'une robe à la Circassienne. La Circassienne est une sorte de robe à la polonaise à la définition un peu évasive, dont les caractéristiques changent selon les personnes. En gros, tout ce qui est une polonaise qui sort de la norme se retrouve nommée "à la Circassienne" par les "experts". Personnellement, je dirais que le seul élément récurrent de la circassienne, ce sont des manches courtes sur des manches longues.

Galerie des Modes, 1780



A gauche : Pehr Hilleström, "En piga som sopar och en flicka som ostädar"("Une servante qui balaie et une petite fille qui salie) , 1774
A droite : Armand Gauthier, La repasseuse, non daté ?, années 1880 (notice Joconde, sans image, et donc sans date)

De l'art de relever sa jupe pour travailler.

D'ailleurs, n'importe quel tableau de Hilleström m'envoie dans la stratosphère. Ces visages sont parfois ratés, mais ces vêtements sont fantastiques. Et j'aime beaucoup son art de la composition, (mais je n'y connaît rien, donc en fait, mon avis ne compte pas). En plus, il peint beaucoup de servantes, c'est une source inestimable. Mini sélection :

"Deux femmes, l'une coupant le jambon, l'autre pillant le poivre", 1794 

La ceinture de la jupe et tous ce petit plissé !

 "Intérieur", v. 1775

 "Lecture à la bougie", non daté ?

"Deux femmes, l'une curant les cuivres et l'autre lavant un verre", non daté ?

 "Femme lisant une lettre", non daté ?

 
"Étude à la bougie", non daté ?
Les commentaires de ce blogs sont modérés, pour la raison assez évidente que je n'aime pas me faire traiter de sale grosse truie (oui, c'est arrivé, parce que les gens ont tellement d'imagination pour insulter les gros.ses) et autres insultes ras du plafond.

Donc, même si votre commentaire est assez innocent, s'il est anonyme, il ne sera pas publié. Parce que c'est moi qui modère et j'aime les noms. J'aime même les pseudonymes. Je déteste les commentaires anonymes.

Merci, bisous, merci.
Si certaines ont établi depuis un moment un "jeudi à l'atelier" sur leur blog, moi je n'ai pas encore d'atelier (mais ça va venir, si si !) et je n'ai rien cousu/fini depuis plus ou moins deux ans. Pas une question de manque d'idées ou d'inspiration (au contraire), mais de manque de place et d'envie. Jusqu'à maintenant, je vivais dans un studio surchargé (d'ailleurs mon stash de tissu et ma bibliothèques sont particulièrement impressionnants par rapport au métrage-cube du dit studio). Et après avoir réussi à coudre dans ces conditions pendant des lustres, ces deux dernières années, j'avais déclaré forfait.

Mais ô joie, je suis en train de m'installer dans un vrai appartement. 13 grandes caisses plastiques de tissus (et c'est pas fini !) ont déjà migré dans mon futur atelier couture, une des deux machines à coudre aussi. Car oui, même si je mange les mains de celles et ceux qui cousent à la machine leurs costumes histos pré-1830 (mais seulement bouillies avec des nèfles du Japon), je possède moi-même non pas un mais deux Instruments Du Malin. (Ceci est le rappel d'une blague que j'avais faite il y a longtemps en me disant "c'est tellement gros...", et que des gens très sympas ont utilisé sur les résococios pour dire que j'étais une grosse psychopathe. Donc je persiste, je mange les mains des machines à coudre et j'aime pas les gens s'ils ne sont pas servis bien cuits avec des nèfles du Japon.)

Bref, dans quelques mois, j'aurai enfin un joli atelier et même si je ne vais sûrement pas attendre aussi longtemps pour me remettre à faire du costume, je me suis dit qu'il fallait revitaliser ce blog et ce cerveau apathiques avec un peu d'inspiration gratuite qui part dans tous le sens, et pas forcément que du costume historique. Et surtout des photos.

J'instaure donc Jeudi inspi -- tous les jeudi où j'arriverai à me souvenir de ne pas oublier de me souvenir d'entretenir ce blog.

***

Corset, 1790. Met Museum 

Be my love. Le Met Museum a arbitrairement décidé d'en faire un corset français, ce qui me laisse assez dubitative. Il me paraît plus espagnol dans la décoration (surtout les pom pom pom pom pom... hum... pardon...). J'adore le mélange "intérieur" (coussinets et tassettes sous la jupe) et agressivement "extérieur" (pom pom pom pom pom....). En 1790, c'est plutôt rare chez les Françaises "à la mode" de trouver encore des corsets portés en vêtement de dessus. On peut peut-être y voir les débuts d'un costume régional (génération spontanée à la fin du XVIIIe), mais quelle région française, alors ? Un sud-ouest influencé par la proximité avec l'Espagne ?

Et sinon, j'adore les donateurs de ce corset : "International Business Machines Corporation". Quel plus beau clash poétique ?


Modes et Manières du Jour, v 1800. Autre version en noir et blanc.

J'aime beaucoup cette image parce qu'on sent vraiment que ce jour-là le dessinateur/graveur s'est dit "Rhaaaa, fuck les proportions, j'vends du rêve à neunœuds !" Et c'est vrai qu'elle est magnifique cette échelle de nœuds ^^
Cette image, c'est surtout un rappel à moi-même pour enfin (re)faire ce post que j'ai gribouillé dans mes brouillons sur les liens troubles entre images de mode et images licencieuses, et à quel point c'est quand même hilarant qu'hier et aujourd'hui, les fashion victims et les costumiers, on continue de rechercher de l'inspiration chez les prostituées et leurs clients. 
Mais cette image m'inspire aussi pas mal un rapprochement avec la façon dont on montre et parle de la mode aujourd'hui. On parle beaucoup des mannequins qui ne sont plus que des cintres vivants et donnent une image faussées du corps de la femme et du cynisme de ce milieu. Mais ça prend ses racines assez loin dans ces images de mode-là. On ne peut pas croire que du XVIIIe siècle jusqu'à la généralisation de la photo dans les magazines de mode (entre 1910 et 1920), les dessinateurs de modes aient été aussi nuls sur les bases les plus essentielles du dessin. Cette disproportion est volontaire, tout simplement parce que... ben elle rend tout simplement mieux en étant plus longue qu'un vrai corps de femme, cette petite échelle de neunœuds !



 
Ebay, trouvé sur Pinterest Vers 1745 / Bague 1795. Collection Skier. Source

Je trouve ces trucs aussi fascinants que flippants. Surtout les yeux qui ont un angle étrange. J'adorerai en voir plus épinglés sur les costumées. De manière générale, les bijoux osés par les costumées (moi y compris) sont rarement à la hauteur des jolies folies de nos ancêtres.

Comme les ceintures et les boucles 1830 :





Ces manches !! Cette robe a une petite histoire "marrante" (quand on reprend sa respiration plusieurs fois en se rappelant que tuer les gens qui portent des costume anciens ne correspond pas aux critères d'auto-défense demandés par les tribunaux français) incluant la femme d'un futur réalisateur célèbre se promenant sur les moors dans cette robe en se prenant pour Charlotte Brontë. A lire sur le site.




"Serre-tête" Vers 1790. Enchères.

Je suis d'une scepticisme triplement blindé quand il s'agit des attributions d'objets à Marie-Antoinette, Louis XVI etc, donc je me fiche d'attribuer cette coiffe à qui que ce soit. Par contre, elle est SUPER INTÉRESSANTE parce que c'est une des rares occasions où on a une attribution d'un terme d'époque à un objet précis. Dans les inventaires après décès, les objets ont parfois des noms abscons : quelles sont les différences entre un serre-tête, un bonnet rond, une toque, une cornette, une coiffe, etc, qu'on regroupe invariablement sous le même nom de "coiffe" aujourd'hui ? Et quelles sont les différences de leurs usages ?
Coiffe à tester "en vrai".


N° ROM2008_9823_11

Petit point d'épine, pour tenir les plis. J'ai du projet 1830 en tête et ça me parle, cette petite broderie.




Magnifiques chapeaux du début du XIXe siècle tels qu'on en voit dans les gravures de mode, mais à remettre absolument en contexte : ils viennent d'une famille aristocrate suisse -- et pas des aristocrates ruinés -- et les deux derniers ont été fait pour un trousseau de mariage (pour de grandes occasions). 
Bref une inspiration à utiliser avec précaution. Ou juste pour baver.


Caftan de femme ? XIXe siècle. Via Pinterest (pas trouver de source)

Et baver. Juste admirer ce travail de broderie d'or.


 

Maintenir la flamme de mon amour immodéré pour l'imprimé à la planche.


Et pour finir...

 
Magazine Carbon Copy (N° 14 ?). Trouvé sur ce blog.

Parce que.
Jean-Jacques Rousseau, par Allan Ramsay, en 1766


Le 13 septembre 1762, Rousseau envoie une lettre à une de ses amies, Marie-Françoise de Luze née Warney, dont le mari a un grand-père qui a créé une fabrique de toiles peintes au Bied dans le canton
de Neuchâtel en 173. Il souhaite lui demander de l'aider à trouver de quoi se faire une robe d'Arménien, ce qui correspond plus ou moins à une forme de banyan, bordé de fourrure, et souvent accompagné d'un bonnet aussi fourré.
"Il s’agiroit de me rendre un service semblable à ce lui que vous avez rendu à Mme Boi-de-la-Tour lorsqu’elle fut vous voir, en me choisissant dans vos magasins quelque coupon d’indienne dont je pusse me faire une robbe d’Arménien, même deux si le cas y écheoit. Je souhaiterois que le fond ne fût pas blanc et salissant, un petit dessin qui ne fut pas montant, une toile fine et non pas claire, car je l’aimerois encore mieux serrée et grosse, et je préfère aussi la qualité au bon goût. Au reste je soumets le mien au vôtre, et pourvû que l’indienne soit de vôtre choix, quand ces conditions ne s’y trouveroient pas, j’en serois toujours content.
Quant à l’aunage, le moins que doit avoir le Coupon est trois aunes, mais quand il auroit le double, le triple et d’avantage, il n’importe, j’en trouverai toujours l’emploi ; et de deux. Ce n’est pas tout ; il faudroit aussi que vous voulussiez bien me faire l’emplette de quelque doublure chaude pour la dite robe, comme flanelle ou molleton ; il en faudrait la quantité qui répond à trois aulnes et demie d’Indienne, plutôt plus que moins."
Cinq jours plus tard, il a reçu les échantillons :
Voilà, Madame, les échantillons que vous avez eu la bonté de m’envoyer ; j’ai marqué celui que je préfère quoiqu’à dire vrai j’eusse mieux aimé un dessin plus petit, mais tenons-nous, s’il vous plaît, à celui-là, plustôt que de prolonger l’embarras que vous donne cette négociation.
J’ai laissé l’aunage indéterminé, comptant sur un coupon, mais puisqu’il faut prendre la pièce, je m’en tiendrai d’abord, selon votre avis, à trois aulnes et demie, dont il vous plaira de marquer le prix en les envoyant, de même que la flanelle pareille à l’échantillon..
Encore une semaine plus tard, le motif lui ayant finalement assez plu (et le prix aussi), il en recommande :
Il s’agit de cinq aulnes encore de la même Indienne, tant elle a paru jolie et à bon marché.
J’ai déjà remis à M. d’Ivernois l’argent du précédent envoi et il voudra bien se charger encore de celui de ces cinq aulnes, lequel vous sera remis avec cette lettre, de même que la toile cirée qui couvroit le précédent pacquet, afin qu’elle serve encore à couvrir celui-ci.
Il me semble au reste que l’échantillon que j’avois marqué était brun, au lieu que ce fond ci est lilac : mais n’importe; dans un beau caffetan couleur de lilac j’aurai l’air d’un petit agréable de Téflis ou d’Erivan, et je crois que cela m’ira fort bien. C’est domage que je ne sois pas à portée de vous éblouïr de ma magnificence arménienne, et de vous faire homage de ma parure. C’est domage aussi qu’avec un si bel étalage je ne sois pas de ceux qui peuvent offrir ni vous de celles qui daignent aggréer le Salamalec Lyonnois.
Voilà, ces petits extraits, pour vous donnez envie d'en savoir plus. Il sont tirés d'un article écrit par Yolande Crowe en 2007, "Le manteau arménien de Jean-Jacques Rousseau", à propos de la garde-robe de Rousseau en matière de manteaux d'arménien. Je le conseille à votre curiosité : on peut le trouver ici sous forme de pdf.
Ça va finir par devenir franchement lassant de revenir d'une expo du Palais Galliera avec la migraine. Peut-être faut-il que quelqu'un qui arrive à leur parler (puisqu'ils refusent obstinément de laisser un livre d'or pour que s'expriment les visiteurs) et à les convaincre de JETER CES PUTAINS DE TIROIRS VITRÉS.

Car oui, je suis allée voir la nouvelle expo de Galliera. Deux fois. Je devais y aller avec ma comparse d'expo Green Martha, du coup, je l'ai faite une première fois rapidement (et gratuitement) lors de la Nuit des musées, pour essuyer un peu les plâtres. Et déjà, ouf, c'est mieux éclairé. Et la dite comparse ayant des problème de vue, elle a gravement apprécié cette amélioration. C'est vaguement plus accessible pour des fauteuils roulants ou des poussettes. Sauf si il y a un peu de monde, comme lors de la Nuit des Musées, et là ce n'est juste plus accessible pour personne. Mon gros sac à main a pris les coups à ma place et je l'en remercie. Ce bâtiment est quand même l'un des lieux les plus inadaptés de Paris pour y faire un musée.

Quand je dis plus accessible... je vais quand même poser de gros bémols. On va commencer par faire semblant d'oublier qu'ils ont laissé une partie des décors débiles de la dernière expo...

Source : Le Monde

Et là je peux pas t'empêcher de me demander si les personnes travaillant dans les musées ont déjà rencontré certaines de ces petites créatures, assez proches du gremlins, qui ne connaissant que deux modes de déplacement, la course et le sauté-roulé-boulé terminé par une chute glissée sur les genoux, et que l'on appelle "le petit de l'humain". Le petit de l'humain adore courir sous les trucs ci-dessus imagés nommés tréteaux. Non vraiment, hein. Tous ceux que je connais sans exception rêveraient de faire un match de catch là-dessous. Je pense qu'il va falloir organiser des stages ethnologiques d'apprentissage des animaux sauvages de moins de 12 ans à l'attention des muséographes, des conservateurs et des Olivier Saillard (directeur de son état). Avant qu'un de ces gremlins décide de le leur expliquer lui-même et finisse à l'hôpital.

Ils ont aussi laissé l'installation de la dernière pièce, à savoir un faux mur posé au sol. Ça me pose moins de problème au niveau sécurité, mais ça fait toujours aussi installation faussement originale version 1970. Et en plus on l'a déjà vu 1000 dans 1000 musées d'art moderne. Et surtout, surtout, ça fait trois fois, TROIS FOIS, que je me casse les yeux sur ces BORDEL DE CHIER DE SALOPERIES DE MERDE de tiroirs qui ont des reflets de dingue, qui prennent beaucoup de place tout en cachant la moitié des objets qu'ils prétendent présenter (coup de cœur pour la paire de gants brodés de notes de musiques, dont la partie la plus intéressante est cachée dans l'ombre du tiroir du dessus. Impayable.), et qui sont surtout de faux tiroirs (ils sont bloqués en place) qu'on a bien évidemment envie de tripoter et de tirer. Je ne vous explique pas le travail supplémentaire pour les gardiens qui doivent constamment demander au gens de ne pas tirer sur les tiroirs : "oh bah, ça c'est con". Ben oui.

Et en dehors de la stupidité des éléments susmentionné, c'est d'une paresse formidable de ne pas changer la moitié du décor d'une expo à l'autre. Galliera, c'est tout ou rien. Soit ils muséographient à la truelle, soit ils pffffent. Hum... ok.

Ah attendez, j'entends l'argument "budget". Oui effectivement, le musée Galliera à un budget assez petit d'à peine 500 000 euros par an pour organiser ses expositions. Et vous savez quoi ? Je pense que son budget se serait vachement mieux porté de n'avoir pas fait construire ces stupides murs-et-sols qui ne servent à rien à part prendre de la place et créer des zones dangereuses. Galliera pourrait se satisfaire d'une scénographie minimale. Les costumes anciens sont des objets qui, seuls, ont déjà un impact visuel et spatial particulièrement puissant. Ils n'ont pas besoin d'un son et lumières, ni des Grandes Eaux de Versailles. Jouer le chaud et le froid, l'excès et le néant, par contre, ça entame beaucoup le sérieux (déjà pas mal écorné) du musée. Je me rappelle aussi des expos d'avant la nouvelle direction dont la muséographie était formidable et ne nuisait pas aux œuvres, sans pour autant essayer de se prendre pour le centre Pompidou : expo Les années Folles, mon amour...

Ceci dit, ils ne manquent pas d'imagination pour continuer, malgré tout, à faire chier le visiteur. A la dernière exposition, les robes étaient situé à plus d'1,20m de mes yeux, pour être sûr qu'on ne les voit pas bien du tout (pour ceux qui ont la question qui leur brûle les lèvres : oui il y a toujours des robes noires qu'on voit mal. C'est quand même la marque de fabrique de Galliera. Mais il y en a beaucoup moins que dans les deux expos précédentes. Carrément). Cette fois, elles sont en hauteur, pour être tout aussi sûr que vous ne les voyez (toujours) pas. C'est très important que vous ne puissiez pas bien voir les robes : vous êtes là pour rêver sur du bling, pour regarder vivre les fantômes de la jet-set (on en reparlera), pas pour essayer de voir le corsage plissé de cette robe de Madame Grès, ce qui est juste un tout petit peu sa spécialité. Non, le reste de la robe n'est pas plissé, oui la robe est noire, non vous ne l'apprécierez pas, sauf si vous êtes basketteur de métier dans ce cas-là, mes excuses, cette exposition est effectivement faite pour vous, j'ai rien dit.

Pour être très précise : sur la photo ci-dessus (première photo de l'article, les côtés de la photo), on a deux exemples de ces casiers en hauteur : d'un côté, un qui contient un vêtement d'enfant à hauteur d'yeux (yeah !) de l'autre une robe de femme adulte, le casier est donc logiquement (n'est-ce pas ?) mis à la même hauteur et ma tête arrive en dessous de sa taille. J'aime beaucoup les jupes à tournure, mais assez curieusement, j'aime aussi beaucoup les corsages qui vont avec les jupes à tournure. Dommage. Pour résumer, quand il y a un/e veste/corsage dans le casier, le vêtement est visible, quand ce sont des robes, démerdez-vous pour vous trouver un Géant Vert qui vous soulèvera ( Bruuuuuuuuuuce ! Ramène tes miches !). Ma comparse de visite de musées fait quinze centimètres de plus que moi. Elle a trouvé assez souvent que les costumes étaient quand même un peu hauts pour elle. 

 
 Oh la belle robe Grès à droite, dont on ne voit rien parce qu'elle trop noire et trop haute. Il faudra me croire sur parole, le bustier en est plissé.
Source : Paris bouge qui a beaucoup d'humour et titre que la mode s'étudie à Galliera. J'en pouffe encore.

J'en déduis qu'Olivier Saillard qui se vante bien fort partout d'être responsable de cette expo est très TRÈS grand. J'ai donc très fort envie de lui conseiller d'essayer de visiter son expo en fauteuil roulant, pour essayer d'appréhender la vie d'une autre manière et peut-être modifier un petit peu son rapport à l'art. Il s'amusera ainsi beaucoup à essayer d'apprécier les divers costumes posés à plat qui m'arrivaient un petit peu au-dessus de la taille. Les costumes posés à plat, dans les musées du costume, c'est une obligation. Certaines œuvres ne peuvent pas être montées sur des mannequins pour des raisons de conservation, d'état (souvent impossibles à restaurer), etc. Du coup, il faut avoir une vraie réflexion sur l'accessibilité dans des cas comme ça. Et à mon avis, c'est plus facile que de réfléchir à une accessibilité des mal-voyants dans un musée où la luminosité limitée est aussi une obligation de conservation. A Galliera, la réflexion sur ce genre de sujets, on lui dit flûte. Et bien pire.


Galliera c'était un mythe pour moi. Maintenant, j'y vais à reculons. Vraiment. Je n'ai pas pris de plaisir à la première visite. Je me suis limite ennuyée à la deuxième, n'aurait été la présence d'une spécialiste qui a visité avec nous et qui nous expliquait les méthodes de restauration qu'on utilise sur tel ou tels type de vêtements. En gros, l'élément qui m'a le plus intéressé, était un élément extérieur.

Les dernières très bonnes expositions que j'ai vues à Galliera c'était Les années folles et Sous l'empire des crinolines... les deux dernières expositions avant l'arrivée d'Olivier Saillard à la tête du musée. Je vois un très fort lien de cause à effet entre les deux éléments. Depuis, seule Paris Haute Couture (hors les murs) sortait son épingle du jeu. Roman d'une garde-robe (Hors les murs) avait du très bon et du très mauvais, mais j'en garde un souvenir correct. Je ne suis pas sûre que Saillard y ait tellement participé, vue qu'elles étaient, justement, hors les murs et qu'il passait beaucoup plus de temps avec Tilda Swinton à ce moment-là. 

Pour les autres que j'ai vues (je n'ai pas fait toutes les expos Galliera depuis 2010, je précise), les mauvais souvenirs prennent le pas sur les bons. Non, soyons précise : je garde des mauvais souvenirs des muséographies affreuses, du fond "scientifique" d'une pauvreté parfois subliminale et d'une arrogance achevée, des choix bancals de pièces à montrer, et des mannequinages ratés. Les œuvres elles-mêmes sont toujours parfaites : le fond est merveilleux et la conservation est presque toujours au top. En fait, c'est la seule raison pour laquelle je continue à m'infliger cette purge que sont devenues les expos Galliera.

Je dis que la conservation est "presque" toujours au top, parce qu'il y a trois jupes/jupons populaires du XVIIIe siècle dans la dernière expo qui, clairement, n'ont pas été restaurés ou si peu (ils sont en mauvais état, beaucoup utilisés à leur époque, pourtant, il n'y a aucun signe de restauration des accrocs, ni de renforts rajoutés pour supporter leur poids alors qu'ils sont montés sur mannequins et non à plat). Envoyer des vêtements du XVIIIe siècle non restaurés en expo, c'est un crime. Honte à Galliera. Et je suis certaine que c'est parce que ces vêtements sont populaires qu'ils ont droit à moins d'égards.

 
Ils sont beaux, ces vêtements populaires, non ?
Source : Paris Social Diary 

Les mannequinages ratés, c'est aussi volontaire. Et sur cette exposition le parti-pris est encore plus visible que sur les exposition précédentes (même s'il y avait déjà de flagrants exemples). Montrer des robes de femmes fortes sur des tailles 34, c'est insultant. En plus d'être une conception élitiste de la mode. Et d'être non-scientifique dans l'approche de la mode. Et c'est misogyne. Et c'est mauvais pour les robes, puisque, évidemment, elles pendouillent bizarrement, ce qui tire plus sur les coutures. Bref, je conseille, et la guillotine et le bûcher pour l'équipe de mannequinage, et évidemment Olivier Saillard, parce que ce niveau-là, c'est clairement un ordre qui leur a été donné de gommer les corps.

Je ne viens donc plus à Galliera que pour les collections et à chaque fois, je me tape le fond de l'expo comme un pensum. Et ça n'a jamais raté. Il faut d'abord que vous compreniez quel genre de visiteuse je suis. Je veux voir les détails techniques et donc m'approcher des œuvres. Et pas seulement par rapport à des sujets où je suis experte, comme le costume. Non, je vois un tableau, j'ai besoin de m'approcher pour voir les coups de pinceau, comprendre comment ils ont créé les ombres, les drapés. Pourtant, je suis un fenouil anesthésié dès que j'ai un crayon à la main. J'aime m'attarder devant les œuvres, pour les comprendre techniquement, visuellement et émotionnellement. J'aime aussi qu'on m'explique des trucs, qu'on m'apprenne des choses, je lis tous les cartels en entier, toujours. J'aime montrer du doigts des détails (sans toucher, évidemment) aux gens qui m'accompagnent. J'aime PRENDRE DES PHOTOS, bordel. Pour pouvoir revenir sur ce que j'ai vu en exposition.

Bref. Je ne peux rien faire de tout ça à Galliera.

S'attarder devant une œuvre, c'est difficile dès qu'il y a un peu de monde (musée trop petit, agencement fait pour le passage, pas pour s'attarder, trop peu de fauteuils pour se poser). S'approcher ou même tendre le doigt, c'est risquer de se faire interpeler automatiquement par un gardien. Alors oui, je sais, les gens touchent, ils sont cons et mal-élevés, certes. Je l'ai constaté de mes yeux dans d'autres musées du costume. Pourtant, dans un musée des beaux-arts, les gens ne touchent pas les toiles. Pourquoi ? Parce qu'il y a une pédagogie à faire. Faite depuis longtemps dans les musées de beaux-arts. Et se faire engueuler par les gardiens, bah c'est moyennement pédago. Par contre faire un petit speech au niveau de l'entrée, pour expliquer que les tissus c'est fragile, que les doigts, même propres, sont gras, etc., ça pourrait faire évoluer les choses. Dans les musées où on peut prendre des photos, l'explication à l'entrée de supprimer le flash, ça marche. Depuis quelques années, je vois considérablement moins de flash utilisés en musées.

Admirer pleinement une œuvre, c'est tout aussi impossible. Sans parler du fait qu'elles sont trop hautes, les musées du costume persistent à ne pas mettre de miroir derrière les robes, où à les mettre de manière stupides (à l'expo Lanvin, ça faisait palais des glaces, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai juste perdu mes repères sans pouvoir pour autant profiter mieux des robes). Ici, c'est encore pire : la seule salle qui a des miroirs, ils ne sont là que pour faire des effets de muséographie. Bof bof bof.

Vive les miroirs sur le côté ou situés en dessous du niveau de l'ourlet de la jupe. Kiffant. NOT.
Source : Le Monde

Évidemment, l'interdiction de prendre des photos est aussi une connerie monumentale, une méconnaissance désastreuse du rapport des gens à l'image et au partage en 2016, ou même de la notion de compréhension et d'appropriation de l’œuvre à travers l'image. Je rappelle que le ministère de la culture a beaucoup étudié la question et finalement établi une charte POUR la photographie. Une œuvre photographiée offre des informations différentes, des points de vue différents par rapport à une œuvre de visu. Partager les œuvres d'une expo sur les réseaux sociaux peut amener un nouveau public dans les musées : le bouche à oreille n'a jamais aussi bien marché que depuis l'apparition de Twitter. Aucun musée digne de ce nom ne peut continuer à survivre sans accepter les nouveaux moyens qu'a le public de "vivre" les expositions. Et venant de Galliera, qui mise autant sur l'aspect émotionnel de ses expos, c'est encore plus incompréhensible. 

Ne me parlez pas des catalogues d'exposition, celui que vient de sortir Galliera est un gâchis d'encre et de papier scandaleux. Je ne vois pas qui pourrait avoir envie d'acheter un catalogue où des chaussures blanches sur fond blanc sont photographiées au téléobjectif ou un habit bleu sur bleu pour faire mal au yeux. A part les gens qui aiment frimer en ayant un catalogue d'expo sur leur table basse sans jamais l'ouvrir, je ne vois pas.

L'art trop négligé de se foutre de la gueule du monde. 
Photos issues du catalogue d'expo.

Là où Galliera commence à devenir un musée franchement inquiétant, c'est sur le fond scientifique et l'écriture des cartels et des textes d'introduction (les grands panneaux explicatifs au mur de chaque salle). Ça fait longtemps que c'est inquiétant, mais ça empire.

Au début j'ai ri, hein. La première fois. J'ai cru à une blague... Je suis navrée pour Olivier Saillard : il est, de toute évidence, un artiste raté qui se rêve pouète, et qui distribue sa frustration artistique sur les murs de Galliera comme d'autres taguent leur noms de manière compulsive, comme un TOC. Mais il n'a pas à me faire subir ça. Ni à personne d'autre, d'ailleurs. Ces textes ampoulés, précieux, arrogants me font péter des veines dans le cerveau à chaque fois, et comme je l'ai dit, ça devient encore plus insupportable. 

Et en plus, il a droit à des articles dans le Monde pour dire son plaisir à écrire des textes débiles. Oui, il y a des gens qui aiment ça (même si ce n'est pas ce que dit la visiteuse dans l'article, hein), et c'est pour ça qu'on a inventé... LES LIVRES. Et je pense qu'il devrait essayer d'en faire un pour son public pouéteux, juste parce que j'aimerais conserver mes neurones, et que je ne suis pas la seule dans ce cas. Galliera est un MUSÉE et en tant que tel a une mission (indice : pédagogique), et ce n'est pas de servir de chaussette masturbatoire pour les éjaculations verbeuses de son directeur. 

Vous avez besoin d'un exemple ? Vous l'aurez voulu.

Maintenant, vous développerez une argumentation en 4 parties bien ordonnées sur ce que vous avez appris sur la mode, l'exposition, les collections du Musée Galliera à partir de cet extrait : vous avez 4 heures, la calculatrice est interdite. Il est interdit d'évoquer le bikini de la petite sirène.

Maintenant, effectivement, il y a un gros éléphant rose à rayures jaune fluo au milieu de la pelouse qui essaye de me dire des trucs graves, du genre : Galliera a renoncé à sa mission muséale parce que "(il) est plus proche d'un centre chorégraphique que d'un musée". Mais je suis là, moi, aujourd'hui, pour dire que je refuse ce genre de raisonnements, je refuse ce rapport de l'art à du bling bling happening et je suis là pour rappeler que pour faire des centres chorégraphiques, on a déjà... des centres chorégraphiques. Je suis le public, j'ai parlé avec d'autres membres du public, et je peux dire qu'une bonne partie du-dit public n'est pas jouasse du tout de cette orientation. Et sans le public, monsieur le directeur de Galliera va finir en slibard dans les jardins de son petit palais du XVIe arrondissement. 

Parce que même si cette nouvelle orientation amène des mécènes qui doivent tellement s'emmerder dans la vie qu'il n'y a que les paillettes jet-setteuses qui leur plaisent, et même si Olivier Saillard a un vrai talent pour réussir à revendre ses expos à l'étranger, ça ne signifie pas que le musée va survivre longtemps à ce bulldozer de bullshit. Depuis quelques années, chaque fois que je vais à Galliera, les salles sont pas mal vides de visiteurs. Et c'est également la troisième fois que je visite le musée un soir de Nuit des Musées, et c'est la première fois que je vois une affluence aussi faible pour ce musée.


Si je parle ici de paillettes jet-setteuses, ce n'est pas par hasard. Car cette expo en particulier, est une reconstitution extrêmement poussée des pages de Paris Match. Vous saurez tout sur la duchesse de Windsor ou la duchesse d'Orléans, ceux des divers familles royales et impériales françaises, vous apprendrez qu'une aventurière est un personnage public fan de charité, et que les courtisanes, ça n'existe plus parce que Cléo de Mérode était avant tout une danseuse (et mon cul, c'est du poulet). Bref, on vous parlera people, et au milieu de ça, vous aurez des robes, avec le minimum vital d'information : le rapport de taille de texte entre biographies de jet-setteurs et explications des robes est de 3 pour 1. Du coup, les explication des trop rares vêtements populaires ressortent du lot : elles sont trop courtes, mais comme elles ne sont pas accompagnées de biographies (faire des recherches alors qu'on connait le nom de la femme qui a donné le tablier de son mari jardinier ? Pfff, quelle idée ! C'est du populaire... Bref. Fin de l’aparté.), on profite beaucoup plus de ce qui est dit. Moi qui lit touts les cartels, tout le temps, de toutes les expos où je vais, j'ai renoncé deux salles avant la fin. C'était insupportable. Un calvaire. Je me fous de la vie de patin machin couffin, surtout quand patin machin couffin n'a pas eu d'autre vie que d'être riche. Surtout après m'être tapée de la saloperie de commentaire LikeTheAncienRégime dans la salle précédente. Parce que oui, à Galliera, on est très pro-royauté et empire. Beurk.

 
Ceci est un SOS : quelqu'un peut-il tenter de m'expliquer le lien entre une robe d'infirmière de la première guerre, une robe (rouge) de film portée par Bardo, et une robe inspirée des peignoirs de piscine par Thierry Mugler ? Je sèche. Complètement.
Source :  Paris bouge


Le summum de cette disparité de traitement du populaire et du jet-setteur se trouve dans la seconde salle, et elle m'a profondément choquée. Je suis de la plèbe, moi. Je descends de pêcheurs, de paysans, d'ouvriers. J'ai donc des réactions très très épidermiques quand je me retrouve devant des installations qui puent le mépris du populaire. Mais ça me met surtout en colère quand c'est fait sans s'en rendre compte. Parce que je crois vraiment qu'ils ne se sont pas rendu compte à quel point leur installation était horrible, que ce mépris de classe leur vient tout naturellement.

Si dans la première salle les vêtements populaires étaient installés sur des mannequins, dans la seconde, il n'y a plus qu'un seul qui a cet honneur, un uniforme d'infirmière de la première guerre. Arrivée dans la salle, on constate avec effroi la présence de cadre noirs sur les murs, c'est très funèbre. Et dans ces cadres, épinglés comme des papillons morts et desséchés, des tabliers et des vêtements de travail : servante, jardinier, blanchisseuse, etc. Et en face de ces cadres noirs, au milieu de la salle, montés sur des mannequins, vivants, incarnés, parfois débordants de couleurs (ce que ne sont évidemment pas des vêtements de travail qui sont blancs, bleu foncé ou noirs), les vêtements de l'élite. Si tous les costumes de la salle avaient été présentés dans ces cadres noirs, l'ambiance n'en aurait pas moins été funèbre, mais cela aurait au moins eu le mérite de lisser le mépris de classe, et surtout la volonté de d'établir cette distinction abominable entre la vie, la lumière et les paillettes de grands de ce monde, et la platitude terne du travailleur, où l'humain disparait, s'écrase littéralement derrière la blouse (il n'y a même pas de vêtements populaires non liés au travail dans cette salle : le commun du XIXe et du XXe siècle n'est que travail...).

 
 La photo a été extrêmement éclairice par le photographe. Les cadres sont d'un noir profond, et la lumière de la salle est plus basse aussi.
Source : Le Monde
C'est la seule que j'ai réussi à trouver en ligne qui montre cette installation.

Rien que de repenser à cette présentation, j'en ai les mains qui tremblent. Je pense à ma grand-mère qui a travaillé à l'usine à 13 ans, et donc la blouse de travail pourrait être là, la réduisant à rien. Olivier Saillard ne cesse de parler de "l'émotion du corps disparu" (photo plus haut), et du souvenir des fantômes qui ont porté ces vêtements. Je crois qu'il y avait beaucoup de fantômes en colère dans cette salle...

La fin de l'exposition, soit deux salles et environ 15 costumes, est intégralement dédiée à la mode post-1980. 15 costumes, c'est plus que tout ce qui est présenté en costumes XVIIIe siècle. Alors que le musée possède une des collections XVIIIe les plus importantes du monde. Si, comme le titre de l'expo le prétend, on avait droit à une vraie anatomie de collection, il aurait fallu insister sur l'importance particulière de cette partie de la collection. Il aurait fallu avoir une "vraie" robe à la polonaise (robe très rarement conservée ; Galliéra en a 3, il me semble), des corps baleinés (corsets), des chaussures, des gravures XVIIIe siècle. Et même des gravures XIXe siècle. Des catalogues d'échantillons de maisons de couture, des magazines de modes. und so weiter

Non seulement cette exposition ne remplit pas ses promesses d'anatomie de collection, puisqu'on n'a droit qu'à des pièces portées par des gens connus et non des pièces emblématiques de la Mode telle qu'elle a été envisagée au prisme d'une collection muséale-- ce qui est très très différent --, mais encore une fois, on a aussi cette disparité absurde voulant que le XXe siècle, et surtout la fin du XXe et les premières années du XXIe, soit représenté de manière complètement disproportionnée. Avoir dans l'expo du Castelbajac et du Gaultier me semble une évidence, de même que les robes extrêmes de Comme des Garçon et Martin Margiela, parce qu'elles parlent de choix muséaux, elles parlent de construction de collection, et de comment des pièces extraordinaires et/ou folles comme la robe poisson de Castlebajac ou la tenue perruque de Margiela sont forcément repérées par des conservateurs pour finir au musée. Par contre, la tenue (moche) que portait Tilda Swinton à Cannes il y a deux ans, elle ne parle à nouveau que de jet-set, et pire, d’accointances personnelles, puisque Olivier Saillard prétend faire de l'art happening avec la dite Tilda Swinton.

***

Je n'ai donc pas aimé la dernière expo de Galliera. Ni la précédente. Ni celle d'avant. Forcément vous devez vous demander pourquoi je continue à m'acharner, à aller les voir, à les commenter. Pourquoi, hein ? Parce que j'ai adoré le musée Galliera. Quand je vivais en Province et que je venais une fois par an, je venais au musée Galliera avec des étoiles dans les yeux. C'est pour aller au Palais Galliera que mes parents m'ont pour la première fois lâcher seule dans Paris dans le métro, quand j'étais ado. C'est pour l'amour de Galliera que j'ai vécu ma première expérience traumatique de la RATP, venant de ma petite campagne. C'est à travers ses expos que mon amour, et mes premières connaissances du costume et de la mode sont nées. Je ne serais pas devenue la passionnée que je suis aujourd'hui sans Galliera. Ce musée, je l'ai dans la peau.

Et il est en train de mourir. Ce musée est moribond. Il n'y a plus le moindre caractère scientifique dans ses expos, elles ne remplissent plus le rôle pédagogique qu'on attend d'un musée, surtout de cette importance et de cette renommée mondiale, elles ne sont pas ce qu'elles prétendent être et ne répondent donc pas aux attentes des gens qui y viennent (l'anatomie d'une collection, ce n'est pas la même chose que la présentation des pièces portées par les gens célèbres), elles sont mal présentées (et le confort de visite, c'est un truc très important dans un musée, beaucoup trop de gens ont le tord de prendre ça par dessous la jambe).

Et surtout, les pièces souffrent physiquement d'être mal mannequinées, et PRÉSENTÉES BEAUCOUP TROP SOUVENT. Des pièces que j'ai vu dans l'expo Lanvin ou l'expo Paris Haute Couture, je les ai revues dans l'expo Grefullhe ou dans cette dernière exposition. Ce n'est pas ACCEPTABLE. Les vêtements doivent reposer plusieurs années entre les expositions. Olivier Saillard a beau jeu de prétendre respecter ces normes dans Madame Figaro, mais les faits sont contre lui. 

Alors oui, je continue à aller à Galliera, à la fois pour y chercher un sursaut de vie, de science, un restes de ses beaux jours, et j'y vais aussi pour être le témoin de sa destruction systématique par son directeur. Et en tant que témoin, je témoigne, c'est bien le moins qu'on peut attendre d'une passionnée comme moi. 

Je continuerai à témoigner aussi longtemps qu'il le faudra jusqu'à ce que quelqu'un, à la mairie de Paris, m'entende hurler. 

Je continuerai de hurler ma peine et ma colère jusqu'à ce qu'Olivier Saillard soit viré sans pertes mais avec fracas et que le musée Galliera soit sauvé avant de devenir un vaisseau fantôme.